Préparateur physique, Réathlétiseur

Geoffrey MEMAIN portrait

Geoffrey MEMAIN, 26 ans

Préparation physique, Réathlétiseur au Centre Technique National à Clairefontainte - Centre Médical Sportif

Ancien étudiant de la promotion L2 2009/2010 ayant obtenu un Master 2 SIMS parcours ERI en 2013 à l'IFEPSA

Interviewé par Sandra SEYSSEL

 

Une fois n'est pas coutume, je sors des murs de l'IFEPSA pour aller réaliser l'interview métier du mois. Et c'est au Centre Médical Sportif de Clairefontaine que j'arrive en ce mercredi 24 février pour rencontrer Geoffrey Mémain, ancien étudiant du Master 2 SIMS parcours ERI (Entraînement, Réathlétisation, Ingénierie) et actuellement Préparateur physique et Réathlétiseur au Centre.

Rencontre à suivre ici !

 

Sandra SEYSSEL : Bonjour ! Merci de me recevoir au sein du Centre pour cette interview ! Je suis juste à l'heure, je n'avais pas pensé à l'étape du contrôle à l'entrée !  

Geoffrey MEMAIN : Merci à vous d'être venue jusqu'ici ! Ah oui, le contrôle (sourire) !

 

Nous nous dirigeons ensuite vers la salle de pause pour pouvoir réaliser l'interview avant de visiter le Centre.

 
Geoffrey M Centre Médico sportif

Le parcours universitaire ...

« Nous avions de toute façon pour projet de revenir à l'IFEPSA ensuite, pour y effectuer le Master »

 

Sandra SEYSSEL : Lorsque j'ai retracé votre parcours, je me suis dit que vous aviez un profil très atypique quand même ! ... Racontez-nous tout cela !

Geoffrey MEMAIN : Oui ! Puisque je suis entré dans les études STAPS à Rennes où j'ai effectué ma L1 ! En fait, Rennes était le choix logique car j'étais à Saint-Lô. Je jouais en CFA 2 et pour pouvoir continuer la pratique du football en CFA 2 et la concilier avec des études STAPS, Rennes était la ville la plus proche. Cela me permettait de faire l'aller-retour 3 à 4 fois dans la semaine pour m'entraîner. C'est donc juste pour cette raison que je suis allé à Rennes.  Mais comme je n'étais pas du tout satisfait des cours qui y étaient dispensés, j'ai changé de club l'année suivante, pour arriver à Segré, et je me suis naturellement inscrit à l'IFEPSA.

 

Sandra SEYSSEL : Naturellement ?!

Geoffrey MEMAIN : Oui, oui ! J'en avais entendu parler en fait, par mes professeurs d'EPS au lycée,..., ils connaissaient bien l'IFEPSA et tous, à l'unanimité, disaient que c'était le "top" donc je n'ai pas trop hésité ! Je suis donc arrivé en L2 ... même si cela ne se faisait pas trop à l'époque, d'arriver en L2 de l'extérieur, à cause du décalage de niveau. Les responsables de formation recommandaient de refaire une L1 à l'IFEPSA, mais de mon côté, cela s'est fait sans souci ... 

 

Sandra SEYSSEL : Et vous êtes ensuite reparti après la L2 ! ...

Geoffrey MEMAIN : Oui, quand Madame Lelièvre nous a appris que la Licence 3 "Entraînement sportif" ne se faisait plus à l'IFEPSA, alors que je ne voulais vraiment faire que de l'entraînement, on est du coup partis un an (avec un copain de l'IFEPSA) à Bordeaux. Juste pour valider la Licence 3 "Entraînement sportif". Nous avions de toute façon pour projet de revenir à l'IFEPSA ensuite pour y effectuer le Master.

 

Sandra SEYSSEL : Pourquoi Bordeaux ? Vous auriez pu aller à Nantes ! ...

Geoffrey MEMAIN : Tout simplement parce qu'à Bordeaux, il y avait 3 responsables de terrain et 2 responsables scientifiques dans la filière "entraînement". Et au niveau du terrain, c'était vraiment des pontes : René Vernet, Cadre Technique FF Handball et qui a sorti Jérôme Fernandez notamment, Norbert Krantz, qui est maintenant Directeur de la cellule d'aide à la performance à l'INSEP. Et comme Arnaud (le copain de l'IFEPSA parti avec moi) était de Royan, nous avions donc un pied à terre pas loin. Voilà comment nous sommes arrivés à Bordeaux ! On s'est dit : "on fait l'aller-retour !". Dès le début, on s'était promis de réaliser le master "ERI" à l'IFEPSA car il nous apparaissait vraiment bien sur la plaquette. Nous sommes donc revenus ensuite comme prévu !

 

« Les responsables et les intervenants nous rappellent sans cesse l'importance du terrain, des stages : c'est la seule école qui le fasse autant ! »

 

Sandra SEYSSEL :  Un cursus atypique et des stages très diversifiés également !

Geoffrey MEMAIN : Oui, oui ! En L2, j'ai réalisé deux stages : le premier au Pôle France de BMX à Bourges et le second en Pro D2, en rugby, à Grenoble au F.C. Grenoble Rugby. En L3, je suis resté dans le rugby vu que j'étais à Bordeaux : avec Arnaud, nous avons fait toute l'année au club de l'Union Bordeaux Bègles. Nous avions en charge toute la préparation physique du centre de formation et comme cela se passait bien, nous avons enchaîné avec toute la préparation physique du début de saison du Top 14 avec les pros. Ensuite, quand je suis revenu en Master, j'entraînais des athlètes de Rennes qui faisaient du 200 mètres, du 400 mètres et du cross-country ainsi que des triathlètes à l'ASPTT Triathlon sur Angers. Pendant la saison hivernale et le stage à partir de mars, j'ai enchainé aux Dragons de Rouen, en hockey-sur-glace ! En M1 et en M2 ... j'ai fait les 2 années avec Gaëtan Brouillard, préparateur physique au sein du club,..., c'était vraiment bien, surtout que les résultats étaient au rendez-vous ! Nous allions sur les déplacements avec l'équipe, c'était le top ! En M2, j'ai fait janvier à mars aux Dragons de Rouen et l'INSEP à partir de mars jusqu'à fin août, au sein de la cellule d'aide à la performance, avec Norbert Krantz et Mathieu Chirac.  Cela s'est très bien passé et un poste devait être créé pour moi à l'INSEP ... sauf que j'ai fini "vacataire".

 

Sandra SEYSSEL :  Nous y reviendrons tout à l'heure an abordant votre parcours professionnel !

Geoffrey MEMAIN :  Pas de souci ! ...

 

Sandra SEYSSEL :  Ce qui m'a vraiment frappée dans votre parcours, c'est la diversité des lieux de stage aussi !

Geoffrey MEMAIN : C'est un choix atypique mais je pense que c'est le plus riche, parce que dans la préparation physique et la réathlétisation, nous avons un socle de base qui peut être commun à tous les sports. Après, c'est juste une question d'adaptation aux joueurs, au sport, aux facteurs de la performance. Il suffit juste de faire une analyse poussée de l'activité pour très bien s'en sortir.  Ce n'est pas un souci, au contraire ! Il y a des choses que l'on voit dans certains sports que l'on peut tout à fait adapter à d'autres sports. Pour moi, c'est un gros point fort que d'être au contact de plein de gens. À Bègles, je suivais des sportifs qui avaient joué avec les All Blacks ou en Afrique du Sud et en Angleterre. Quand j'étais à Rouen, j'avais des Scandinaves, des Slaves, des Canadiens et c'est vrai qu'ils ont des méthodes de travail différentes, ce qui nous permet de piocher un peu partout.  Au niveau expérience, je trouve que c'est vraiment enrichissant,..., je ne regrette pas du tout mes choix !  

 

Sandra SEYSSEL :  Comment vous y êtes-vous pris dans votre recherche de stage pour arriver à une telle complémentarité ?

Geoffrey MEMAIN :  Pour Bourges, je connaissais tout simplement le responsable du Pôle à l'époque. Idem pour Grenoble, je connaissais l'entraîneur et il faut aussi dire ici que je suis originaire de là-bas ! Mon père était technicien pour les équipes de France de ski pour Rossignol et ma mère était en équipe de France de ski. À Bègles, le club cherchait deux stagiaires et comme nous avions réalisé un bon semestre avec Arnaud, nos responsables nous ont tout simplement envoyés en stage au sein du club.  Pour les Dragons de Rouen, cela s'est juste fait par contact direct avec Gaëtan Brouillard et je suis rentré à l'INSEP par l'intermédiaire de Norbert Krantz (mon ancien responsable  de L3 à Bordeaux).

 

Sandra SEYSSEL :  L'importance du stage et du réseau ! ...

Geoffrey MEMAIN :  Vu le nombre de Stapsiens présents sur le marché du travail, il y a clairement plus de jeunes diplômés que de postes ... Ce sont donc les stages et les recommandations qui peuvent être faites ensuite par les tuteurs, ainsi que les connaissances acquises à l'université, qui font tout !

 

« De bons enseignements aussi, un excellent suivi, pousser les étudiants à prendre de l'expérience sur le terrain et à être autonomes ainsi que la charge de travail : ce sont les 5 plus gros points forts de l'IFEPSA à mon sens ! »

 

Sandra SEYSSEL :  Que retiendrez-vous de votre passage à l'IFEPSA ?

Geoffrey MEMAIN :  Par rapport aux autres universités que j'ai pu fréquenter, je ne retiens que des plus ! À Rennes, c'était l'anarchie, surtout que je suis tombé l'année des grèves : 4 mois où nous avons été obligés de demander aux profs de nous faire cours dans les couloirs ou dans les gymnases, pour pouvoir valider notre première année (30 ou 40 à valider sur 280 à la fin de l'année, avant les rattrapages ...), un carnage donc ... le seul point positif était que les gens étaient sympas ... A Bordeaux, les cours étaient biens, le suivi aussi, les responsables de terrain étaient excellents mais la charge de travail des étudiants était très limitée : un niveau faible avec peu d'heures de cours et de sport. Avec Arnaud, nous avons donc décidé de passer le plus de temps possible au club de l'Union Bègles Bordeaux, où l'on faisait plus de 20 heures par semaine, pour compenser le faible volume horaire des cours. L'année a donc été simple par rapport à la charge de travail que nous avions à l'IFEPSA en L2 ! Nous sommes sortis avec des moyennes à plus de 15/20 ! Il faut aussi dire que les autres étudiants n'étaient pas du tout autonomes dans leur travail non plus ... Un des points forts de l'IFEPSA, c'est que nous avons une grosse charge de travail et l'on est obligé de travailler le soir en plus pour pouvoir suivre ! Ce qui nous rend autonome ... Nous devons aussi lire des articles, des textes. Les examens sont plus durs mais nous sommes plus professionnels en sortant ! Je me rappelle, en L2, nous avions fait beaucoup de sports différents et cela rejoint tout à fait ma philosophie, d'aller voir à droite et à gauche !  Le fait aussi que les responsables et les intervenants nous rappellent sans cesse l'importance du terrain, des stages : c'est la seule école qui le fasse autant !  En L2, nous devions réaliser un stage d'encadrement associatif et cela, ce n'est pas fait dans les autres universités. Et cela se sent clairement après dans le monde professionnel, au niveau de la prise en charge des sportifs ... ce type de stage permet de se faire la main pour pouvoir progresser. De bons enseignements aussi, un excellent suivi, pousser les étudiants à prendre de l'expérience sur le terrain et à être autonomes ainsi que la charge de travail : ce sont les 5 plus gros points forts de l'IFEPSA à mon sens !  Pour les points faibles, je ne vois pas (rires) ! En Master, nous étions 8 ! En termes de suivi pour les mémoires et les stages, on ne peut pas demander beaucoup mieux !  Nous allions aussi plus vite en cours, ce qui permettait aux intervenants de pouvoir approfondir et contextualiser les connaissances transmises au regard de nos sports et de nos stages respectifs...  Nous étions allés à Val Thorens dans le cadre d'un projet ! Nous étions un super groupe !

 

« J'ai d'ailleurs toujours mes classeurs de cours ! »

 

Sandra SEYSSEL :  Les formations complémentaires proposées aussi je crois ?

Geoffrey MEMAIN :  Oui, oui, le DU Premiers secours et Soins de terrain sportifs aussi était bien, surtout pour moi, qui suis parti ensuite vers la prise en charge des blessés.  Nous avions une grosse partie sur les pathologies et les soins, avec des intervenants ostéopathes, kinés, médecins.  J'ai d'ailleurs toujours mes classeurs de cours (dans mon étagère, sous la télé) et que je ressors quand j'en ai besoin en me disant "ah, ça, je l'avais vu à l'IFEPSA ... ". Cela sert toujours !  Ce que j'ai aimé, c'est qu'à l'IFEPSA, on s'intéressait à d'autres thématiques, points de vue, corps de métiers ... Le fait d'avoir des intervenants médecins, c'est important ! J'ai aussi suivi le DU "Évaluation et Préparation Physique" à Poitiers lors de mon Master 2, pour compléter ce qu'on avait fait à l'IFEPSA. C'était un DU très terrain et scientifique avec de très bons intervenants, toujours dans le souci, comme nous l'avons appris à l'IFEPSA, de ne pas baser ses connaissances uniquement sur un courant, une école ou un type d'intervention, mais au contraire d'aller voir ce qui se fait ailleurs pour favoriser l'ouverture d'esprit et l'adaptation. C'est primordial et c'est ce que je transmets quand j'interviens, que ce soit auprès des étudiants à l'IFEPSA ou des préparateurs physiques professionnels de football à la FFF (ils sont en Ligue 1 et 2) : je leur répète bien que cela reste ma façon de penser, mon type de travail mais qu'il existe d'autres manières de faire qui sont bonnes aussi.

 

Sandra SEYSSEL :  Ce qui nous amène à votre parcours professionnel ...

 

 Le parcours professionnel

Sandra SEYSSEL :  Comment s'est passée votre entrée dans la vie active ? Vous avez enchaîné directement après vos stages ?

Geoffrey MEMAIN :  Non, j'ai eu un temps de latence en fait ... L'INSEP avait créé un poste pour moi suite à mes 6 mois de stage, comme je le disais précédemment, sauf qu'il fallait ouvrir l'offre à la concurrence et mettre en place un processus de recrutement. Finalement je n'ai pas eu ce poste, ce qui fait que j'ai été pris en tant que vacataire auprès de la cellule de réathlétisation.  Les discussions ont commencé fin août 2014 et j'ai eu la réponse fin décembre, ce qui fait un gap de 4 mois ... A partir de début janvier, j'ai commencé à faire des vacations jusqu'en juin où je suis arrivé à Clairefontaine. Et en même temps que je commençais mes vacations, je suis arrivé au Football Club Féminin de Juvisy Essonne 91 (D1 féminine), pour assurer la prise en charge et le suivi des blessées ainsi que la préparation physique et athlétique des joueuses, au côté de Mathieu Chirac, qui était mon maître de stage à l'INSEP. Depuis, je n'ai plus quitté le club où je travaille en complément de mon mi-temps ici à Clairefontaine ! ...

 

Sandra SEYSSEL :  Concernant Clairefontaine justement, comment avez-vous eu cette opportunité d'intégrer le Centre ? 

Geoffrey MEMAIN :  Le Centre Médical Sportif cherchait en fait un préparateur physique spécialisé dans la réathlétisation, qui avait déjà un petit peu de bouteille dans le domaine mais qui devait aussi être très au courant de ce qui se faisait. Le Centre a contacté des spécialistes en France (Norbert Krantz, Mathieu Chirac, Frédéric Aubert) et mon nom est ressorti ... Du coup, j'ai été retenu pour passer un entretien. Nous étions plusieurs mais comme le feeling est bien passé avec le directeur du Centre, Pascal Maillé, j'ai été pris et j'ai commencé en juin 2014.

 

Sandra SEYSSEL :  Une insertion professionnelle plutôt rapide ...

Geoffrey MEMAIN :  Oui, je n'ai eu que 4 mois de latence. J'avais été prévenu à l'INSEP que cela risquait d'être un peu long. J'en avais donc profité pour faire d'autres choses.

Goeffrey MEMAIN rugby
 

Le métier actuel

« Il n'existe pas de recette miracle en préparation physique ! »

Sandra SEYSSEL :  Les métiers de la préparation physique, et de la réathlétisation maintenant, sont très "tendance", pouvez-vous nous expliquer en quelques mots en quoi cela consiste ?

Geoffrey MEMAIN : Le métier de préparateur physique - réathlétiseur consiste à planifier et à programmer des contenus de travail concernant divers domaines (énergétique, renforcement, prévention, nutrition, etc.) et ce dans le but de développer et d'optimiser le potentiel athlétique de ses athlètes. Dans cette mission, le préparateur physique - réathlétiseur prend en charge les séances sur le terrain (échauffement, travail énergétique, prévention, travail d'appuis, etc.), et en salle (énergétique, renforcement, prévention, etc.). Il doit aussi gérer la réathlétisation des sportifs(ives) blessé(e)s afin d'optimiser leur retour dans le groupe d'entraînement. Il est de son ressort d'effectuer le lien entre le staff médical (médecin, kiné, ostéo ...) et le staff technique (entraîneur, PP ...). Le préparateur physique est responsable de la mise en place de routines prophylactiques (programmes de prévention) et de l'individualisation des contenus en fonction des besoins de l'athlète. Pour cela, il peut être nécessaire de réaliser des évaluations à partir de tests de laboratoire et de terrain.  Pour tout cela, il est important d'analyser les spécificités du sportif et de sa discipline à partir de revues de littérature, d'entretiens avec des techniciens et d'analyses vidéos.  Il est important d'avoir des connaissances parallèles en nutrition, en psychologie (préparation mentale) et dans d'autres domaines (posturologie, technologie, etc.) afin d'avoir une boite à outils la plus complète possible. Enfin, ce métier nécessite une capacité à prendre du recul, à analyser les effets de ses interventions à court et long terme (progrès, influence sur les pathologies, etc.) et à s'entourer de professionnels issus de domaines complémentaires dans le but de palier à ses limites de connaissances et de compétences.

 

Sandra SEYSSEL :  Comment arrivez-vous à concilier toutes vos activités ?

Geoffrey MEMAIN :  C'est juste une question d'organisation car je suis à mi-temps à Clairefontaine, je suis là tous les jours par demi-journées, et à Juvisy nous sommes 2 sur la préparation physique, Mathieu Chirac (avec qui je suis resté très proche) et moi (et un très bon stagiaire en M2 Baptiste Fixot), ce qui fait 2 jours chacun pour 4 à 5 entraînements par semaine. De mon côté, j'y suis le mardi et le vendredi après-midi. Donc pas de souci d'organisation. En plus, le Centre Médical Sportif de Clairefontaine est le Centre référent du club de Juvisy donc les joueuses viennent se faire soigner ici, cela permet donc de faire le lien entre le club et le Centre, tout en m'entrainant de manière personnelle (Triathlon, Swim & Run, etc.).

 

Sandra SEYSSEL :  Quel est le mot d'ordre dans la préparation physique ?

Geoffrey MEMAIN :  Comme je le disais tout à l'heure, il n'existe pas de recette miracle en préparation physique ! C'est la réflexion et le cheminement qu'on prend qui importent, contrairement à ce que l'on peut penser, et il y en a beaucoup qui l'oublient ! Sauf que l'entraînement ne sera pas identique d'une personne à l'autre et le résultat non plus ... Il faut aussi savoir se renouveler parce que, mine de rien, on peut rapidement être en retard sur les méthodes. Un bon préparateur physique doit rentrer dans une logique de formation continue pour rester à la page. La FFF nous oblige, par exemple, à suivre 1 ou 2 formations par an. Nous choisissons le thème et elle valide ou non. De mon côté, je complète ces formations en réactualisant régulièrement ma revue de littérature par le biais de mes stagiaires, qui font un travail de recensement. Chaque semaine, ils ont des revues de littérature avec un résumé à m'envoyer (rires) !  Chacun d'entre nous apprend des choses comme cela ! Tous les mois aussi, nous faisons une réunion ici avec les kinés et les médecins, pour échanger ensemble sur les formations ou les colloques suivis et les apports reçus à cette occasion. Nous mettons tout en commun pour que cela soit bénéfique pour toute l'équipe !

 

« La communication et le partage, ce sont des points très importants dans notre métier ! »

 

Sandra SEYSSEL :  Le préparateur physique ne travaille pas seul mais en équipe en fait ?

Geoffrey MEMAIN :  Ah oui ! La journée ici, je travaille avec 3 kinés, 3 médecins, 1 podologue, 1 psychologue ... Je suis obligé de comprendre ce qu'ils font, de savoir ce qu'ils disent et ce qu'ils vont faire avec les sportifs. La communication et le partage, ce sont des points très importants dans notre métier ! Un joueur qui est là toute la journée en rééducation et en réathlétisation va passer dans les mains d'un kiné, 30 minutes avec moi puis 30 minutes avec un kiné, une heure avec moi puis un autre kiné donc s'il n'y a pas de communication, cela ne servira à rien ! La communication est la pierre angulaire de notre fonctionnement !  Nous avons un bureau commun, kinés et préparateur, et nous sommes en permanence en contact avec les autres membres de l'équipe. Chacun s'adapte à ce qui a été fait à un autre niveau. Après, c'est toujours possible de faire de la préparation physique seul, avec des athlètes individuels, ou juste du suivi sportif. Pas besoin de travailler en équipe mais à partir du moment où l'on est dans une structure telle que celle-ci ou dans un club, il faut interagir avec les entraîneurs des joueurs et des gardiens, les managers, les kinés, les ostéopathes, etc. Et sans communication, c'est impossible. Pour monter une séance, il faut en amont voir avec l'entraîneur ce qu'il a prévu, lui exposer ce qu'on a prévu au niveau physique, athlétique, ..., on se met ensuite d'accord sur l'enchainement à prévoir, sur ce qui peut être complémentaire dans une séance ou non, d'un jour à l'autre. C'est comme cela que l'on construit une séance.  C'est un aller-retour permanent entre le coach, l'intervention du préparateur, le coach, etc. Sinon, la qualité du travail est médiocre.

 

Sandra SEYSSEL :  J'imagine que la relation à l'entraîneur ne doit pas toujours être facile !

Geoffrey MEMAIN :  Oui, ce n'est pas toujours facile ! Mais c'est aussi la base du métier de préparateur physique : savoir s'adapter à la personne que l'on a en face ! Si on a besoin de 30 minutes et que l'entraîneur nous dit "tu en auras 20" parce que c'est priorité au foot derrière, on n'a pas le choix. Après, il est plus facile d'obtenir ce que l'on veut quand on est à l'écoute et dans le dialogue, que lorsque l'on se braque, là, c'est terminé ! Mais pour l'instant cela se passe toujours bien. L'adaptation est la base du métier : s'adapter aux joueurs, au sport, à la blessure, aux imprévus. On a un groupe avec lequel on a prévu des choses et 2 personnes sont malades et une est blessée, il ne faut pour autant pas les laisser sur le côté mais au contraire leur proposer des exercices spécifiques. Ou lorsque l'on prend en charge un joueur blessé, pour lequel on élabore un programme pour les jours suivants et que l'on se rend compte le lendemain qu'on ne pourra pas faire ce qu'on avait prévu car son genou aura gonflé, etc., etc. C'est toujours de l'adaptation, c'est ce qu'il y a de plus important et de plus intéressant aussi.

 

« L'adaptation est la base du métier »

 

Sandra SEYSSEL :  Avez-vous déjà été confronté à des situations où vous êtes resté sans solution ?

Geoffrey MEMAIN :  Au début, à Bègles et à l'INSEP cela m'est arrivé quelques fois ! Quand on commence vraiment à intervenir à haut niveau, il faut que cela soit précis et parfois, les choses ne se passent pas comme prévu et on se retrouve bloqué. Quand on est en Licence, on a tendance à préparer les séances sur papier et à vouloir appliquer ce qu'on a prévu à la lettre ! C'est bien, parce qu'il faut toujours préparer ce que l'on va faire mais on perd en intuitivité et en réactivité !  Cela ne s'apprend que sur le terrain ! Au début, il y a des moments qui sont forcément difficiles mais à force d'être sur le terrain, on trouve toujours des solutions, des choses pour réagir grâce à des situations que l'on a traitées avant. C'est particulièrement vrai ici à Clairefontaine ! Entre ce que l'on prévoit et ce que l'on fait, cela arrive presque tous les jours de devoir être obligé de s'adapter ! Avec Juvisy, nous avons des semi-pros : des joueuses qui sont institutrices, pompiers, étudiantes la journée et joueuses de haut-niveau le soir et il faut quasiment systématiquement s'adapter ! Cela dépend de l'état dans lequel elles arrivent, de l'heure à laquelle elles viennent car elles sont tributaires de leur emploi du temps personnel. Comment on gère un échauffement avec 15 joueuses d'un côté et 3 qui arrivent au milieu ? C'est une question d'habitude ... ou le métier qui rentre (rires) !

 

 

« J'ai fourni une certaine quantité de travail au moment où il le fallait aussi »

 

Sandra SEYSSEL :  Il faut quand même avoir un profil prérequis !

Geoffrey MEMAIN :  C'est sûr, mais c'est comme dans tous les métiers ! Il faut s'intéresser aux gens, être passionné aussi ... je crois que c'est la base ! Dans le sport, il faut être passionné ! De mon côté, j'ai eu de la chance au niveau de mon insertion professionnelle, qui a été rapide, et je suis sûrement dans le Centre, en France, où les conditions de travail sont les meilleures dans la réathlétisation. Mais ce n'est pas aussi facile pour tout le monde. Après, il ne faut pas se leurrer non plus : j'ai fourni une certaine quantité de travail au moment où il le fallait aussi ! Souvent on me dit : « tu as eu de la chance ! ». Mais quand je regarde en arrière, on passait 20 heures par semaine au club alors que les autres étudiants faisaient 2 heures par semaine et le reste du temps, ils allaient en soirée. Quand j'étais à l'INSEP, je faisais 8h00-20h00 parce que quand j'avais terminé mes séances, je faisais le tour de l'INSEP pour aller voir les séances d'entraînement dans les autres sports. Je crois qu'il n'y a pas trop de secret finalement. À partir du moment où on fait quelque chose, et mes parents m'ont éduqué comme cela, autant le faire bien pour ne le faire qu'une fois ! Par exemple, en master 2, je me suis dit que je n'allais pas faire que mon master et j'ai suivi le DU à Poitiers en même temps : je partais le vendredi à 5 heures du matin pour aller à Poitiers et je rentrais le dimanche soir. 

 

Sandra SEYSSEL :  Pareil pour les stages, comme nous le disions tout à l'heure !

Geoffrey MEMAIN :  Tout à fait, je n'avais pas peur d'aller prendre un appartement à Rouen pour 3 mois, de déménager à Paris pour aller à l'INSEP. À un moment donné, il faut savoir ce que l'on veut !  Je ne me suis pas posé de questions. Les opportunités, il faut les saisir !  On ne peut pas espérer faire une carrière et rester dans un périmètre de sécurité ! J'ai en tête le cas d'un étudiant que j'ai eu en stage et qui venait de Lyon : pour venir à une heure d'entretien ici avec moi, il est parti de Valence à 3 heures du matin en voiture pour redescendre ensuite !  Et bien, je l'ai pris en stage tout de suite ! Il est maintenant en pro D2 rugby à Aix-en-Provence. C'est le genre de profil que l'on recherche, c'est sûr !  Il y a toujours des solutions, c'est plus facile aujourd'hui qu'avant avec le covoiturage, l'hébergement, etc.  Il y a toujours moyen de faire quelque chose !

 

Les conseils aux étudiants

Sandra SEYSSEL :  Quels conseils donneriez-vous aux étudiants qui souhaiteraient faire ce métier ?

Geoffrey MEMAIN : 1/ D'aller prendre des connaissances un peu partout, de ne pas rester sur un seul courant comme nous l'avons dit tout à l'heure. 2/ S'investir dans ses stages bien évidemment. 3/ Aller voir des compétitions même si ce n'est pas dans son sport, les regarder à la télévision, avec un autre œil. Quand nous étions en L3, avec Arnaud, nous sommes allés à Londres pendant 1 mois lors des Jeux Olympiques et nous avons vu quasiment toutes les disciplines ! Ce n'était pas que des moments de détente, c'était hyper riche de voir toutes les spécificités de tous les sports : de la préparation à la logistique. Par exemple sur le Tour de France aussi : lorsque l'on assiste à un contre-la-montre, on arrive tôt pour faire le tour des bus et voir comment les coureurs s'échauffent. La plupart du temps, tout le monde est très ouvert ... 4/ Être ouvert d'esprit, passionné et autonome !

 

Sandra SEYSSEL :  Notre interview se termine sur ces (très) bons conseils ! Encore merci d'avoir pris un moment pour me recevoir et à bientôt à l'IFEPSA, puisque vous y donnez aussi des cours depuis cette année !

Geoffrey MEMAIN : Merci à vous d'avoir fait l'aller-retour jusqu'ici ! Peut-être à l'IFEPSA effectivement !

 

Avant de repartir sur Angers, Geoffrey me propose de faire un tour rapide au sein du Centre Médical Sportif.

 

Geoffrey salle 1 Geoffrey salle 2
 
Geoffrey salle 3