Directrice d'école

Emilie ROULIN mo

Emilie ROULIN, 28 ans

Directrice d'Ecole primaire publique Yves DUTEIL à Javron-Les-Chapelles

Ancienne étudiante de la promotion 2005/2006 ayant validé une Licence STAPS "Education et Motricité" à l'IFEPSA en 2008

 

Interviewée par Sandra SEYSSEL

Après avoir confié le soin d'effectuer les dernières interviews à ses étudiants de Licence 3 en "Management du sport", Sandra SEYSSEL renoue avec les rencontres mensuelles sur les "Métiers du sport" ! Pour cette interview d'avril, elle poursuit le focus sur les métiers de l'enseignement puisque qu'elle a rendez-vous avec Emilie ROULIN, Directrice d'école à Javron-les-Chapelles. Place à ce nouveau regard, réalisé quelques jours avant les vacances de Pâques, sur la filière "Education et Motricité" parcours "Professeur des écoles (PE)" à travers le parcours d'Emilie ! 

 

Sandra SEYSSEL : Bonjour ! Merci d'avoir accepté d'apporter votre contribution à nos interviews "métiers" dans le cadre du suivi de nos "anciens" !

Emilie ROULIN : Bonjour ! Je suis contente de constater que la filière "PE" est toujours d'actualité à l'IFEPSA et je suis ravie d'apporter mon témoignage à votre rubrique "métiers" !

 

Parcours à l'IFEPSA ...

Sandra SEYSSEL : Parlez-nous tout d'abord de votre arrivée à l'IFEPSA ! ...

Emilie ROULIN : Cela a (presque) coulé de source ! Dès le collège, j'ai développé un goût pour les métiers de l'enseignement et j'ai longtemps navigué entre devenir professeur d'EPS, d'histoire ou de sciences. Ensuite, je me suis beaucoup investie dans le milieu associatif de la gymnastique en passant successivement mes diplômes de juge et d'entraîneur. Quand s'est posée la question de mon orientation en terminale, je me suis retrouvée un peu perdue entre les attentes de mes professeurs - « Professeur d'EPS ??? Mais tu peux envisager mieux !!! » - et mes propres désirs. C'est à ce moment-là que j'ai découvert l'IFEPSA, au cours d'une soirée organisée par mon lycée où les anciens élèves de plusieurs établissements venaient présenter leurs écoles et parler de leur orientation. Ils m'ont alors encouragée à venir découvrir l'école au moment des portes ouvertes. J'ai tout de suite été séduite par l'environnement, l'encadrement et les différents parcours d'enseignement proposés. Je me suis donc inscrite à l'épreuve d'admission, sans avoir toutefois de projet professionnel bien défini.

 

Sandra SEYSSEL : Comment s'est déroulé votre cursus à l'IFEPSA ?

Emilie ROULIN : Je suis restée trois années à l'IFEPSA, à l'issue desquelles j'ai validé une Licence "Education et motricité" parcours "Professeur des écoles". Durant ces années "Ifepsiennes", j'ai participé à différents stages qui m'ont permis d'affiner mon projet professionnel. En L1, j'ai tout d'abord découvert le quotidien d'un professeur d'EPS au collège de Châteaugiron, d'où j'étais originaire, auprès de plusieurs classes de la 6ème à la 3ème. En L2, j'ai pris en charge l'EPS d'une classe de primaire tout au long de l'année, dans une école privée du centre ville d'Angers. Ce stage a été une révélation, puisqu'il m'a fait prendre conscience que les enfants étaient LE public qui me convenait le mieux (par opposition aux adolescents) et que le métier de professeur des écoles était un bon compromis me permettant d'enseigner dans différentes disciplines ! En L3, j'ai donc choisi d'intégrer le parcours "Professeur des écoles" qui était proposé par l'IFEPSA (pour la 2ème année à l'époque). Les stages réalisés en L3 (prise en charge des séquences d'EPS et des stages de pratique en classe)  m'ont alors permis de confirmer ce choix.

 

Sandra SEYSSEL : Quels souvenirs gardez-vous de votre passage à l'IFEPSA ?

Emilie ROULIN : Je commencerai par mon pire souvenir, la natation !,..., un supplice pour moi ! Pour ma part, je rentre dans l'eau avec mes élèves et j'essaie de les accompagner dans leur découverte de l'eau pour qu'ils n'aient pas peur de cet environnement et qu'ils soient en mesure de se déplacer et même de sauver les autres ... Ensuite et avec le recul, je peux dire que j'ai passé trois années riches en découverte à l'IFEPSA, aussi bien sur le plan professionnel que sur le plan personnel. La formation proposée et les stages de pratique pédagogique m'ont permis d'avoir conscience de la réalité du métier de professeur, contrairement à de nombreux étudiants se lançant dans cette voie. Régulièrement, je fais appel aux compétences et aux connaissances acquises durant mes années à l'IFEPSA dans la pratique quotidienne de mon métier !

 

ER - Natation
 

Parcours universitaire et professionnel ...

Sandra SEYSSEL : Après l'obtention de votre Licence, vous intégrez l'IUFM d'Angers je crois ! ...

Emilie ROULIN : Durant ma L3, j'ai en effet tenté plusieurs concours d'entrée en IUFM (Pays de la Loire, Centre, Midi-Pyrénées, etc.). Et j'ai finalement été acceptée à l'IUFM d'Angers où j'ai préparé le concours de professeur des écoles. Ce fut une année sportive !!!, avec une promotion à l'esprit "concours" exacerbé et un accueil plutôt contrasté des élèves venant de l'IFEPSA ou de l'UCO ... Il faut le savoir : en venant de l'enseignement privé, passer un concours dans le public n'est pas forcément bien vu de la part des autres participants ... J'ai heureusement eu la chance de réussir le concours du premier coup et d'être nommée dans le département de la Mayenne. J'ai alors intégré l'IUFM de Laval pour poursuivre ma PE2 (dernière promotion avant la réforme des concours). Au cours de cette année, j'ai réalisé des stages dans différentes classes (de la petite section au CM2).

 

Sandra SEYSSEL : Comment s'est ensuite passée votre entrée dans la vie active ?

Emilie ROULIN : Un peu compliquée car à la fin de cette année de formation en alternance, je n'ai pas obtenu de poste au niveau du département. J'ai donc été nommée à Trans (commune rurale de moins de 500 habitants) sur un poste de remplaçante dans une classe unique du CE1 au CM2, avec de surcroît une prise en charge de la direction ! C'est en effet une particularité des départements ruraux comme la Mayenne : les écoles sont petites (en moyenne 3 classes) et les classes sont alors constituées avec des élèves de 2, 3 voire 4 niveaux différents. Autant dire que la rentrée a été studieuse !

 

Sandra SEYSSEL : Quelle est pour vous la particularité du métier de "Professeur des écoles" ?

Emilie ROULIN : Le professeur des écoles est un enseignant polyvalent, capable de prendre en charge des élèves de la toute petite section au CM2 et ce, dans l'ensemble des matières enseignées à l'école primaire. C'est un métier très chronophage ! ... Au quotidien, le professeur doit organiser et mettre en œuvre un enseignement disciplinaire et gérer le groupe d'élèves. A la différence du professeur de collège/lycée, il prend en charge l'élève dans sa globalité, tout au long de la journée. Le professeur des écoles se doit donc d'être attentif aux élèves les plus fragiles. Pour moi, le métier de professeur des écoles consiste avant tout à communiquer le goût d'apprendre aux élèves, de faire en sorte que l'élève soit disponible pour les apprentissages. Cela implique d'être à l'écoute de l'élève mais aussi de tous les partenaires qui gravitent autour de lui (parents, professionnels de santé, professionnels de l'accompagnement social, etc.).

 

Sandra SEYSSEL : Quelle est la place du "projet EPS" au quotidien,..., dans votre quotidien ?

Emilie ROULIN : L'EPS représente un volume horaire important (108 heures annuel) dans les programmes de l'école primaire (3ème après le français et les mathématiques). J'essaie donc de profiter de ma formation initiale pour mettre en œuvre de vrais cycles d'apprentissage visant à développer les compétences motrices des élèves. J'ai la chance d'être dans un établissement affilié à une association d'écoles. En plus, c'est nous qui nous chargeons du pôle "EPS" ! Nous avons donc des moyens financiers permettant d'acheter le matériel nécessaire pour pouvoir réaliser des projets en EPS diversifiés (notre local EPS pourrait impressionner certains professeurs d'EPS ! ). Tous les ans, nous participons aussi à des activités proposées par l'USEP comme les rencontres d'athlétisme ou d'endurance. Nous avons également bénéficié d'interventions sur les activités innovantes telles que l'escrime, le kin-ball ou encore le roller. En plus de ce partenariat, nous mettons en place dans l'école des activités physiques en lien avec les projets transversaux. Cette année, nous avons organisé un cycle de quidditch (le sport des sorciers !) ainsi que la découverte des sports d'origine anglo-saxonne (base-ball, cricket, rugby, etc.). Il est donc possible d'enseigner dans le premier degré sans renier son goût pour le sport et les activités physiques !

 

Sandra SEYSSEL : C'est un métier qui offre également certains avantages !

Emilie ROULIN : Il ne faut pas le nier, l'un des avantages du métier d'enseignant : ce sont les vacances !!! ... même si nous travaillons beaucoup pendant ces périodes pour préparer la classe ! Un autre aspect très positif, c'est la possibilité de voir évoluer les élèves sur plusieurs années. Je pense que nous établissons un lien particulier avec les enfants, qui gardent souvent des souvenirs de leurs années à l'école primaire et de leurs maîtresses. Un autre avantage, c'est la possibilité de travailler seul ou en équipe sur des projets transversaux à l'échelle de la classe voire de l'école. Comme je le disais précédemment, le principal inconvénient réside toutefois dans le temps passé à préparer, à penser ou à réfléchir à l'école et aux élèves,..., même si j'en étais consciente avant d'entrer dans le métier ! Une autre dimension envahissante, c'est l'aspect social que joue le professeur des écoles. De plus en plus, l'enseignant est en effet le confident et le gestionnaire des problèmes des familles, un aspect qui demeure très peu abordé au cours des formations et auquel nous ne sommes pas préparés.

ER - Escalade ER - Jonglage
 

Métier actuel ...

Sandra SEYSSEL : Surtout que vous exercez également la fonction de directrice d'école ! ...

Emilie ROULIN : En plus de la gestion de ma classe de CP-CE1, j'assure effectivement la fonction de directrice d'école depuis maintenant 4 ans. Je n'ai pas vraiment choisi de devenir directrice ... Mais il faut le savoir : pour obtenir rapidement un poste de titulaire, il faut souvent accepter de prendre la direction d'une école. De plus, dès ma première année de titularisation, j'ai assuré ces fonctions au cours de mon remplacement. Je n'ai donc connu que cela !!!

 

Sandra SEYSSEL : Quelles sont les missions spécifiques à la direction d'une école ?

Emilie ROULIN : Tout d'abord, je tiens à préciser que le directeur d'école n'est pas le supérieur hiérarchique de ses collègues ! En revanche, il assure la gestion administrative de l'école. Dans ce cadre, il est l'interlocuteur privilégié des partenaires de l'école : mairie, direction académique, parents, professionnels de santé et du social, associations locales, presse, etc. Il est aussi le pilote de l'action pédagogique de l'établissement. Pour moi, dans l'environnement d'une école rurale comme la mienne, le directeur est à la fois : professeur, secrétaire, comptable, assistant social, partenaire éducatif, infirmier pour tous les maux (physiques comme moraux), attaché de presse, informaticien, responsable des ressources humaines et j'en oublie sans doute encore ...

 

Sandra SEYSSEL : Un métier polyvalent fortement orienté vers la gestion sous tous ses aspects ! ...

Emilie ROULIN : Oui ! ... Même si pour moi, c'est l'aspect relatif au pilotage pédagogique qui m'attire le plus. Le directeur peut impulser des projets et donner une dynamique à l'école pour faire progresser les élèves et les ouvrir au monde qui les entoure. Les aspects les plus contraignants pour moi, ce sont tous les problèmes liés à la gestion administrative et les réunions, qui peuvent être très nombreuses à certaines périodes de l'année !

 

Sandra SEYSSEL : J'imagine que ce poste n'est pas une fin en soi ! Comment envisagez-vous la suite de votre carrière ?

Emilie ROULIN : Le métier de professeur des écoles laisse plusieurs opportunités d'évolution de carrière allant de la spécialisation vers la prise en charge du handicap et la gestion des élèves à besoins éducatifs particuliers vers la formation et l'accompagnement des enseignants. Pour ma part, je souhaite progresser encore dans mes pratiques de classe. J'aime accueillir des stagiaires pour leur faire découvrir ma profession, alors pourquoi ne pas creuser dans cette voie !

 

ER - Vélos
 

Conseils aux futurs étudiants ...

Sandra SEYSSEL : Quelques conseils à transmettre en guise de mot de la fin ?

Emilie ROULIN : Oui ! Mon conseil principal, pour les futurs étudiants ou étudiants actuels, est de suivre ses envies (par rapport  la discipline enseignée ou au public visé) et de ne pas se décourager face à d'éventuels échecs. Les concours de l'enseignement (que se soit en EPS ou dans le 1er degré) sont des examens exigeants qui demandent un grand investissement !

 

Sandra SEYSSEL : Merci pour cette interview et très bonne continuation à vous !

Emilie ROULIN : Merci à vous !

 

ER - Escrime