Directeur des Palais des sports

Samuel PERRAUDEAU

Samuel PERRAUDEAU, 39 ans

Directeur des Palais des sports (Nantes)

Ancien étudiant de la promotion 1993/1994 ayant validé  une Licence Education et Motricité et une Licence Management du Sport en 1996, suivi d'une maîtrise en "Management du sport" en 1998 à l'IFEPSA.

Interviewé par Sandra SEYSSEL

Pour cette interview de rentrée, je vous donne rendez-vous avec un ancien de l'IFEPSA au parcours une nouvelle fois atypique ! En 1993, Samuel PERRAUDEAU s'inscrit à l'IFEPSA un peu « par hasard », avec pour projet de devenir professeur d'EPS. En 1996, il obtient une Licence en "Education et Motricité" ... ainsi qu'une Licence en "Management du Sport" avant de sortir (presque) diplômé d'une Maîtrise en "Management du sport" deux ans plus tard ! Une branche vers laquelle il s'est réorienté durant l'année de préparation du CAFEP suite à des problèmes de santé. Au moment d'entrer  dans la vie active, il commence par réaliser des suppléances en tant que professeur d'EPS. Mais l'appel des collectivités se fait bientôt sentir et il décide de présenter le concours de Conseiller Territorial des Activités Physiques et Sportives (CTAPS) qu'il prépare seul et qu'il réussit. Samuel occupe actuellement le poste de Directeur des Palais des Sports à Nantes. Un parcours que je vous propose de suivre à travers cette nouvelle interview !

 

 

Sandra SEYSSEL : Bonjour ! Merci de me recevoir au sein du Palais des sports de Beaulieu pour cette interview métier !

Samuel PERRAUDEAU : C'est avec plaisir ! J'avais un créneau aujourd'hui, veille des congés de Noël, pour vous recevoir,..., j'en ai donc profité car c'est très compliqué habituellement (rires) ! Mais j'ai du temps cet après-midi (rires) !

 

Sandra SEYSSEL : Oui, j'ai cru comprendre que votre planning était un vrai casse-tête ! Nous allons donc enchainer rapidement ! ...

Samuel PERRAUDEAU : Je vous écoute ! ...

 

Parcours à l'IFEPSA ...

Sandra SEYSSEL : Commençons comme à l'accoutumée par vos "années IFEPSA" !

Samuel PERRAUDEAU : Je vous le dis tout de suite, l'IFEPSA n'était pas mon choix initial (rires) ! Au départ, je souhaitais en effet intégrer une école de gestion et de commerce, qui se situait davantage dans la lignée du baccalauréat que j'avais obtenu - série B à l'époque, "Economique et sociale" à l'heure actuelle. Mais je pratiquais à l'époque le water-polo et le judo en compétition si bien que lorsqu'un étudiant de Licence de l'IFEPSA est venu suivre notre professeur d'EPS (j'étais en terminale), cela m'a donné des idées. Je me suis dit que devenir professeur d'EPS et réaliser des suppléances après l'obtention de mon diplôme pouvaient aussi constituer une voie possible d'insertion professionnelle. Je me disais que je pourrai toujours réintégrer la filière "gestion-commerce" ensuite. Je suis donc parti là-dedans avec un copain de terminale (Sébastien MICHAUD) un peu par hasard ! Les études me paraissaient accessibles, le métier de professeur d'EPS aussi, en tout cas c'était l'image que j'en avais ! ... J'ai ainsi validé mon DEUG 1 et mon DEUG 2 en STAPS sans trop de  soucis !

 

Sandra SEYSSEL : Comme pour Alain FLOUR, votre parcours devient ensuite quelque peu atypique ! ...

Samuel PERRAUDEAU : Tout à fait ! Puisque je valide ensuite une Licence "Education et Motricité" ainsi que la Licence "Management du sport" la même année. Nous avions cette possibilité à l'époque, tout comme pour Alain !... Après l'obtention de ces deux licences, je me suis ensuite demandé ce que j'allais faire. Et j'ai en fait tout naturellement poursuivi en maîtrise "Education et Motricité" avec pour objectif de préparer et d'obtenir le concours du CAFEP.

 

Sandra SEYSSEL : Mais cela ne s'est pas passé ensuite comme vous le souhaitiez ...

Samuel PERRAUDEAU : Effectivement, puisque j'ai eu une péritonite dès le début de l'année en septembre (1er jour de cours). Je suis resté quinze jours hospitalisés puis trois mois sans sport ... Autant dire que ce n'était même plus la peine de penser au concours ! En revanche, j'ai mis à profit ce temps d'inactivité pour réfléchir et lire différentes choses. Et c'est à ce moment-là que je suis tombé sur un article relatif au concours pour devenir CTAPS, qui est un véritable gestionnaire d'un service des sports ou d'infrastructures sportives.

 

Sandra SEYSSEL : Une véritable révélation pour vous je crois ! ...

Samuel PERRAUDEAU : Exactement ! Et comme les stages que j'avais eu l'occasion d'effectuer dans l'Education Nationale ne me plaisaient finalement pas trop - je trouvais le milieu assez fermé et je ne me retrouvais pas dans cette culture-là - quand j'ai lu cet article, je me suis dit : « j'ai envie de faire cela, ça  me correspond ! ». Pour autant, j'ai terminé mon année de préparation au concours puisque j'étais inscrit de toute façon et j'ai pris ce que je pouvais prendre en termes de connaissances et de méthodes dans le cadre de la Maîtrise « Education et Motricité » que je préparais en parallèle. L'année suivante, j'ai décidé d'exercer en tant que maître-nageur, pour acquérir de l'expérience professionnelle, tout en intégrant la Maîtrise « Management du Sport » afin de valider les modules spécifiques qui me manquaient et en préparant le concours de CTAPS dans la foulée !

 

Sandra SEYSSEL : Un concours que vous avez préparé tout seul ?

Samuel PERRAUDEAU : Oui et non ! Plus  exactement avec un copain de promotion, Marc ONILLON (devenu par la suite professeur d'EPS) et Mme LATULLAY, ancienne professeure de droit à l'IFEPSA (décédée il y a quelques années), qui avait pris sur son temps personnel pour nous aider un peu ! Les connaissances et les apports méthodologiques acquis durant ma formation se sont toutefois avérés très utiles dans la préparation et l'obtention de ce concours ! Si certaines épreuves restaient spécifiques, comme la note de synthèse par exemple, la diversité des connaissances transmises à l'IFEPSA m'a permis de me préparer plus sereinement. A un des écrits, je suis en effet tombé sur un sujet sur la motivation. Thème que nous avions plutôt bien abordé à l'IFEPSA en amont ! Une fois que j'ai été admissible, il était ensuite hors de question que le concours m'échappe et j'ai travaillé comme une brute pour les oraux ! Là encore, j'ai aussi eu la chance de tomber sur des sujets qui n'étaient pas très compliqués non plus ! Pour preuve, "Sport, Etat, Collectivités", autant dire un sujet classique qui m'a permis de pouvoir tirer mon épingle du jeu par rapport aux autres candidats !

 

Sandra SEYSSEL : Vous ne trouviez pas les deux premières années de Licence trop générales ?

Samuel PERRAUDEAU : Au contraire ! C'est bien d'avoir reçu des enseignements plutôt généraux en première et deuxième année, cela me permet aujourd'hui de pouvoir m'adapter au discours de certains interlocuteurs. Lorsque je rencontre des professeurs d'EPS pour répartir des créneaux de salles ou opérer des aménagements dans les plannings, je suis plus à même de comprendre leurs contraintes par exemple. Surtout que j'ai fait quelques suppléances en EPS ... Le fait d'avoir développé une culture sportive sur plusieurs disciplines m'a aussi beaucoup servi dans les relations que je peux entretenir avec les entraineurs et les présidents de club aujourd'hui. Le fait de pouvoir parler un peu technique-tactique avec eux permet de créer l'écoute. La connaissance sportive m'a véritablement apporté de la crédibilité vis-à-vis de mes interlocuteurs du mouvement sportif et de l'Education Nationale ! ...

 

Sandra SEYSSEL : Si vous deviez résumer vos "années IFEPSA" en quelques mots ?! ...

Samuel PERRAUDEAU : Agréables et enrichissantes ! ...

 

Parcours professionnel ...

Sandra SEYSSEL : Vous quittez donc l'IFEPSA, le concours de CTAPS en poche ! ...

Samuel PERRAUDEAU : Oui ! Sauf qu'après les oraux, il a fallu trouver un poste ! Contrairement à l'Education Nationale où vous êtes affecté après la réussite au concours, vous devez postuler à des offres pour pouvoir intégrer la Fonction Publique Territoriale. Un secteur que je connaissais assez peu finalement et dans lequel je n'avais pas de contacts. Après réflexion, j'ai alors choisi de réaliser un Service National Civil à Angers dans un centre d'animation - j'étais chargé d'effectuer du soutien scolaire et de projets d'animation auprès d'enfants issus des quartiers défavorisés - plutôt que de valoriser tout de suite ma réussite au concours. Pendant la durée du Service, j'ai toutefois continué à postuler pour rester en veille. A la sortie, je savais que des postes étaient disponibles,..., j'ai alors envoyé ma candidature un peu partout ...

 

Sandra SEYSSEL : Mais la réussite au concours ne fait pas tout ! ...

Samuel PERRAUDEAU : Oui ! J'ai eu plusieurs entretiens où l'on me disait : « parcours intéressant mais pas d'expérience en-dehors de l'encadrement sportif ». Mais les postes auxquels je postulais faisaient pourtant appel, de mon point de vue, à des compétences très proches de celles requises pour l'encadrement de personnel ! Le paradoxe étant que le concours, une fois réussi, donnait pourtant en plus accès à des postes de cadres de catégorie A ! Donc dans la gestion, les ressources humaines, la conduite de projets, etc. Vers la fin de mon service national,  je commençais à trouver le temps long quand j'ai appris que plusieurs postes s'ouvraient à Nantes du fait de la mise en place de la réduction du temps de travail dans les services et de la réorganisation de la direction des sports. Il fallait donc recruter pour accompagner cette évolution. J'avais ainsi l'opportunité de rejoindre une grosse collectivité (la Ville de Nantes).

 

Sandra SEYSSEL : Et vous avez été pris ! ...

Samuel PERRAUDEAU : Oui ! Et chose assez amusante, j'avais parallèlement une autre proposition de poste en région parisienne !... Mais j'ai choisi Nantes ! J'ai alors suivi une année de formation à l'ENACT (Ecole Nationale d'Application des Cadres Territoriaux) avant d'être titularisé, tout en étant en fonction sur le poste, afin de pouvoir être opérationnel. Car à 24 ans, gérer 70 personnes dans le service, il fallait apprendre ! Surtout dans un contexte de réorganisation et de changements ... Il y a eu en effet des moments difficiles,..., avec des acteurs qu'on ne maîtrise pas, des organisations syndicales que l'on doit appréhender et des questions politiques qui m'étaient jusque-là inconnues. Il a donc fallu observer, essayer d'être intelligent, faire ses preuves pour ensuite acquérir de l'expérience, de la maturité, de l'autorité, etc. J'ai aussi eu des collègues plus expérimentés présents et bienveillants à mon égard et qui m'ont ainsi permis de pouvoir travailler avec plus de sérénité.

 

Sandra SEYSSEL : Combien de temps êtes-vous resté sur ce poste?

Samuel PERRAUDEAU : Je suis resté 6 ans sur ce poste ... Au bout de 2 ans, on m'a d'ailleurs fait une autre proposition que j'ai refusée car elle était essentiellement tournée vers l'administratif. Je trouvais que c'était trop tôt par rapport à un premier poste,..., je préférais rester sur un poste de front office (en lien direct avec les usagers et la gestion de personnel) et continuer à apprendre sur le terrain. Le moment est ensuite venu où j'ai exprimé le souhait de bouger,..., il y avait une opportunité d'intégrer le Palais des Sports à ce moment-là !

 

Sandra SEYSSEL : Vous avez postulé et vous avez été pris ?!

Samuel PERRAUDEAU : En fait, on m'a proposé le poste ! Et cela fait maintenant 8 ans que je travaille au Palais des sports de Beaulieu à Nantes ! 

 

Métier actuel ...

Sandra SEYSSEL : En quoi consiste votre métier exactement ?

Samuel PERRAUDEAU : Je suis actuellement Directeur des Palais des sports, où sont accueillis principalement des clubs sportifs professionnels, des établissements scolaires et de l'événementiel sportif. Ma mission générale consiste à optimiser la gestion de l'établissement et à garantir des conditions de mise à disposition satisfaisantes notamment en matière de sécurité. Je suis en particulier chargé de la gestion de deux établissements sportifs structurants au niveau des personnels, du matériel, des budgets, des travaux, de la planification des activités. Avec, à court terme : l'arrivée d'un 3ème Palais des Sports dans mon service, dont il faut assurer l'ouverture (prévue en juillet 2015) et l'organisation des travaux du Palais des Sports de Beaulieu et son transfert à Nantes Métropole (collectivité que nous allons intégrer). L'autre structure restera pour l'instant estampillée "Ville de Nantes" mais j'en conserverai la responsabilité. Il faut donc veiller à garder de la souplesse dans la gestion du personnel et des matériels notamment, pour des questions d'efficience ! ...

 

Sandra SEYSSEL : Quelles compétences devez-vous mobiliser dans le cadre de votre fonction ?

Samuel PERRAUDEAU : Les compétences mobilisées sur ce poste sont assez larges et se situent principalement au niveau managérial (comme pour un chef d'établissement du secondaire je pense...), à savoir : gestion financière, gestion des ressources humaines et matérielles, conduite de projets (travaux, organisation de service). Mon métier requière en fait 80% de compétences transversales. J'ai aussi beaucoup de rédactionnel - ce n'est pas mon fort - dans mon métier et il faut savoir rédiger des notes, des courriers, des comptes-rendus etc. Les qualités relationnelles sont également importantes du fait de la diversité des interlocuteurs (élus politiques, entreprises, bénévoles ou dirigeants associatifs, etc.) et de la nécessité de collaborer en interne avec de nombreux autres services de la collectivité ou externe avec institutions partenaires comme les services de l'Etat (dont l'Education Nationale). Il faut aussi prendre en compte le contexte politique qui nous entoure. Or, quand je me suis engagé dans cette voie-là, j'avais sous-estimé le poids de tout cela !

 

Sandra SEYSSEL : Les notions juridiques sont-elles également importantes ?

Samuel PERRAUDEAU : Oui, bien sûr, mais j'ai heureusement la chance d'être dans une grosse collectivité - car je ne suis pas spécialiste du droit - et de pouvoir ainsi disposer d'un service juridique pour m'aider ! En revanche, il est vrai que dans une collectivité plus petite, la veille juridique sur les questions sportives peut faire partie des missions incombant au directeur de la structure. De mon côté, à Nantes, je suis davantage dans l'analyse et la conduite de projets et la gestion, avec une dimension politique que je dois appréhender et intégrer dans mon fonctionnement quotidien !

 

Sandra SEYSSEL : Vous devez régulièrement suivre des formations

Samuel PERRAUDEAU : Oui ! ... Tout un tas de formations ! En management, en prévention des risques, à la sensibilisation à la mixité au travail, sur des logiciels spécifiques, en anglais (quand on reçoit des cahiers des charges des fédérations internationales ou des réunions avec des délégués des fédérations internationales, c'est tout de même mieux de connaître la langue !).

 

Sandra SEYSSEL : En parlant de management, quelle vision portez-vous ?

Samuel PERRAUDEAU : Je pense que le management que l'on met en place peut varier selon les caractéristiques (métiers, âges, sexes) de nos collaborateurs mais avant tout il s'appuie sur des qualités personnelles. Le style de management est avant tout lié à son caractère, à son éducation et à sa capacité à conduire des hommes et des femmes vers un objectif. On peut l'améliorer ensuite par l'expérience et la technique, via des formations mais certaines qualités sont primordiales au départ ! On est, voire on naît, manager ou pas. L'autorité, par exemple, est une qualité naturelle (c'est peu avec le grade ou la fonction que l'on fait avancer les gens) avant tout et elle ne s'apprendra que difficilement pour une personne qui est mal à l'aise avec l'autorité. En matière d'événementiel, nous sommes amenés à mobiliser des ressources (humaines) dans un cadre parfois inhabituel et il faut alors disposer des qualités adéquates pour pouvoir les gérer. Pour moi, les principales qualités d'un bon manager seraient les suivantes : être courageux (montrer qu'on est travailleur, être là de bonne heure ou tard le soir, pas systématiquement parce que ce n'est pas possible et que cela pourrait traduire une incapacité à s'organiser ou à déléguer mais quand il faut être là, faut être là), savoir prendre des décisions au bon moment (ne pas reporter les choses systématiquement au N+1), être cohérent (on dit des choses, on les fait,..., on adopte le même traitement pour chaque personne placée dans une situation identique)..., être clair avec les personnels (ils comprennent où l'on va et ce que l'on attend d'eux ainsi), avoir de la considération pour leur travail (faire un retour positif ou négatif) et les personnes elles-mêmes. Et toutes ces qualités ne s'acquièrent pas vraiment en fait !

 

Sandra SEYSSEL : Combien de personnes gérez-vous actuellement ?

Samuel PERRAUDEAU : 22 (soit plus de 3 fois moins que sur mon poste précédent),..., mais la gestion de personnel, je ne coure pas après ! Car on se retrouve parfois dans des situations assez cocasses (rires) ! On ne choisit en effet pas toujours nos collaborateurs, on  dispose de peu de leviers en terme de motivation dans le service public (exemple : pour l'octroi d'une prime, on n'a pas vraiment d'avis à émettre dessus), on est confronté à un statut relativement protecteur pour les personnels (organisations syndicales très présentes). Il faut donc avoir de l'autorité et de la crédibilité dans la gestion de son personnel et trouver son mode de fonctionnement. Surtout que l'on peut rencontrer une certaine forme d'usure de la part des agents avec l'âge, ce qui peut se concevoir car ce n'est pas facile de rester jusqu'à 2h du matin pour faire de la manutention ou du nettoyage lors d'un événement. Je veille donc à avoir un turnover régulier mais aussi à le maîtriser pour limiter les pertes de compétences. Je suis également actif dans les projets d'évolution individuelle des collègues.

 

Sandra SEYSSEL : Sur quels critères vous basez-vous pour recruter un collaborateur ?

Samuel PERRAUDEAU : Nous avons des grilles de recrutement et des tests pour ce qui compétences techniques selon les postes, mais je peux vous donner les cinq qualités principales qui me paraissent de mon côté fondamentales : 1/ la disponibilité : on le disait tout à l'heure, il faut savoir être malléable au niveau de ses horaires, 2/ la discrétion : les collaborateurs rencontrent en effet plein de gens au Palais des sports (Jean-Marc Ayrault, Jean-François Lamour, Nelson Monfort, Nicola Karabatic, Yannick Noah, Claude Makelelé...) qui sont là dans un cadre professionnel ou associatif  et il faut savoir rester discret, on ne va pas aller demander un autographe ou une photo !, 3/ la réactivité : c'est primordial sur un événement !, 4/ l'intérêt pour le secteur sportif, sinon cela va être compliqué, 5/ la rigueur ! : le Palais des sports est un établissement de 1ère catégorie, les équipes ont à faire respecter des règles de sécurité, notamment à déclencher l'évacuation du public et on ne peut pas faire n'importe quoi,..., il faut aussi aider les bénévoles à s'approprier la salle pour qu'ils donnent le meilleur et utilisent correctement les équipements et matériel sportifs, etc.

 

Sandra SEYSSEL : Travailler au sein d'une collectivité n'attire pourtant pas vraiment les étudiants !

Samuel PERRAUDEAU : Ce qui est paradoxal,..., en effet, qui finance les infrastructures et les clubs sportifs en France ? Et celui qui paye, c'est celui qui décide ! Après, c'est vrai que les services publics peuvent avoir une image parfois négative de grosse machine, avec de l'inertie. Puis on ne sait pas trop ce que les Conseils Généraux vont devenir avec le développement des structures intercommunales, la Région se situe de son côté sur la formation, le haut niveau. Leur métier est, je pense, plus simple que sur une commune. Nous, nous avons d'autres problématiques avec les clubs, notamment liées aux infrastructures : les créneaux, les travaux, le matériel, les autorisations administratives, etc. En clair, nous avons tout un tas de problèmes opérationnels techniques, juridiques, administratifs et matériels à régler. Le Conseil Général et le Conseil Régional sont davantage sur une relation contractuelle "finance-communication". Nous, cela me semble plus complexe et c'est aussi ce qui fait aussi la richesse de ce métier ! Une richesse qui vient aussi de la diversité des acteurs avec lesquels nous sommes susceptibles de travailler : les associations, les établissements scolaires, les clubs sportifs amateurs et professionnels, les partenaires institutionnels, les entreprises, les pratiquants libres, etc. Nous avons une pluralité d'interlocuteurs et c'est ce qui me plaît !

 

Sandra SEYSSEL : Pour autant, j'imagine que ce métier n'a pas que des avantages ?! ...

Samuel PERRAUDEAU : C'est sûr que nous avons une certaine "pression",  car ce qui se passe dans les Palais des sports a un écho médiatique. Et si cela se passe mal, je dois m'expliquer. Après, je ne dirige pas non plus une centrale nucléaire et je ne fais pas de la chirurgie cardiaque : ce n'est que du sport, certes avec certains enjeux et des exigences de clubs professionnels et des médias, la télé particulièrement ! Le volume horaire est assez important, pour un fonctionnaire, entre 45h à 50h semaine sur 45 semaines.  Il faut être disponible. Nous avons eu récemment des cas d'effraction et de vol ou des problèmes techniques par exemple sur des temps où je ne travaillais pas.  Il m'arrive aussi parfois d'accueillir des personnes condamnées à des TIG, de participer à des groupes de travail diverses au sein de la collectivité (pas en lien direct avec mon activité : plan communale de sauvegarde, ressources humaines...). Ce métier implique surtout des contraintes de disponibilité mais je dispose en contrepartie d'un degré d'autonomie important, ce qui est fondamental pour moi. Même si c'est vrai que lorsque l'on part le soir, on sait qu'on ne fera pas le lendemain ce qu'on avait prévu de faire et que le bureau n'est jamais vide !

 

Sandra SEYSSEL : En clair, gérer une infrastructure, ce n'est pas faire de l'événementiel !

Samuel PERRAUDEAU : Sur mon poste, je ne fais pas d'événementiel : je l'accompagne. Il peut y avoir cet amalgame car c'est le cas sur d'autres structures. L'événementiel est médiatique, cela donne l'impression que c'est important ! Il y a un petit peu de stress... C'est, je pense, ce qui attire le plus les étudiants en management du sport mais  il y a peu de postes... De mon côté, je ne me destinais pas à ce métier, c'est un concours de circonstances ! Et il est vrai qu'un gestionnaire d'une telle infrastructure travaille moins sur la partie "événementielle", ..., il est davantage tourné vers l'accompagnement des clubs et des organisateurs dans l'utilisation  de l'ERP (Etablissement Recevant du Public). Pour vous dire, je ne suis pas plus que cela attiré par l'événementiel sportif, je suis facilitateur dans l'organisation de l'événement,..., je fixe un cadre à l'organisateur et suis là aussi pour valoriser l'image de la collectivité qui m'emploie...

 

Sandra SEYSSEL : Vous nous parliez tout à l'heure de l'extension du Palais des sports,..., se posent donc aussi les questions relatives aux modes de gestion de ces ERP dans le cadre de votre activité ...

Samuel PERRAUDEAU : L'offre et la demande en équipements sportifs représentent un vaste débat à l'heure actuelle, avec des enjeux importants dans un contexte économique particulièrement tendu. On croit qu'on va résoudre les problèmes en créant un équipement sportif mais en fait, on en crée. Il faut de toute façon bien définir les objectifs et les priorités d'usages qui en découlent : quand on construit un équipement, il faut savoir où, qui on met dedans, à quel moment, pourquoi et dans quelles conditions. On rénove, on agrandit ou en en construit un nouveau ? A Nantes par exemple, les élus ont fait le choix raisonnable et responsable de ne pas retenir la construction d'une Aréna, ce qui est pourtant à la mode et surtout pas en Partenariat Public-Privé (PPP), système également tendance ! Car il faut savoir qu'une Aréna, cela vaut environ 100 millions d'euros ! Les raisons ont été simples : 1/ la ville disposait déjà d'un zénith, d'une cité des congrès, d'un Palais des Sports à 4 800 places dont la jauge sera augmentée à 5 400, d'une autre installation sportive à 2 500 places et d'une prochaine à 4 200 places. Autrement dit, un panel qui permet de répondre aux besoins des six clubs professionnels indoor et de la majorité des évènementiels sportifs. Une aréna, c'est une programmation plurielle et complexe qui allie sport et spectacles mais qui créée aussi des conflits d'usage, ce qui est inenvisageable avec un club résident dont le calendrier est fluctuant, 3/ la métropole Nantaise s'est aussi donné la possibilité d'aménager une grande salle (10 500 places) au Parc des Expositions pour y placer ponctuellement des événements sportifs d'envergure. Dans le contexte actuel, il est très risqué de s'engager dans un projet d'ARENA en PPP et de justifier cela auprès des contribuables, surtout si c'est pour répondre à la demande de clubs dont le niveau sportif et la stabilité financière restent fragiles. Il faut regarder la réalité des affluences sur l'année, la complémentarité ou la concurrence des équipements existants entre eux. C'est notre rôle d'attirer l'attention des élus sur ces points.

 

Sandra SEYSSEL : Si vous deviez résumer votre activité de gestionnaire d'un ERP ? ...

Samuel PERRAUDEAU : La gestion d'un équipement, c'est : un bâtiment et donc des travaux, des règles de sécurité particulières, des matériels à gérer, des activités à organiser (politique d'usage-tarifaire), du personnel à encadrer (recruter, former, évaluer), c'est préparer et exécuter les budgets (sans oublier l'optimisation des recettes) et c'est un usage, avec des relations à construire, à entretenir ou à développer avec nos usagers, nos partenaires et nos prestataires. 

 

Sandra SEYSSEL : Comment envisagez-vous la suite de votre parcours professionnel ?

Samuel PERRAUDEAU : Pour tout vous dire, j'avais un projet dans le privé avec un ami mais cela ne s'est pas fait. Et puis, le Palais des sports a encore de nombreux projets ambitieux à venir puisque nous allons réaliser 40 millions d'euros de travaux dans le cadre de sa réhabilitation et de son extension. Il faut donc piloter ce projet sur 4 ans : réorganiser les activités des clubs, redéployer les personnels.  En parallèle, un nouveau palais des Sports est en cours de construction, à Rezé - La Trocardière et il sera rattaché à mon service (recrutement et formation du personnel, autorisations administratives, politiques d'usage, politiques tarifaires, aménagements mobiliers, etc.). Veiller aussi à notre bonne intégration à Nantes Métropole et s'adapter à son fonctionnement et à sa gouvernance..., j'ai donc encore largement de quoi faire (rires) ! Par ailleurs, mon grade - directeur territorial - constitue un peu un frein à la mobilité, il ne faut pas se le cacher ! Je ne peux donc travailler que dans des grosses collectivités ou des emplois de direction générale sur des collectivités plus petites mais sur ces postes il y a souvent une certaine "politisation" des fonctionnaires. Je ne le souhaite pas forcément non plus pour des questions de vie personnelle. Les offres ne sont également pas nombreuses. Aussi, évoluer en-dehors du secteur sportif dans une autre collectivité quand on a un parcours très marqué "sport" n'est pas forcément évident. On peut être confronté à un certain a priori de la part des recruteurs, bien que je reste convaincu que 80 % des compétences mobilisées sont transférables. Il y a également le fait de pouvoir s'adapter au sein d'une autre collectivité : les grosses collectivités, il parait que c'est une culture professionnelle particulière !  Je pense avoir actuellement - cela ne sera peut-être plus vrai dans les prochains mois ou les prochaines années - un équilibre entre intérêt de mon métier, capacité à organiser ma vie familiale et ma rémunération ! ... Après, vous pouvez interroger n'importe qui, il ne sera jamais assez bien payé pour ce qu'il fait ! ...

 

Sandra SEYSSEL : Avez-vous gardé des contacts avec les anciens de la promotion 1993 ?

Samuel PERRAUDEAU : Oui, j'ai bien sûr gardé des contacts avec certains et il nous arrive forcément de parler de nos métiers respectifs ! ... Chaque métier apporte son lot de satisfactions et d'inconvénients et chaque parcours est de toute façon différent ! Prenez le cas de Nicolas JUGAN. En Licence, il présente le concours d'ETAPS qu'il obtient et il est nommé très rapidement dans une collectivité. Tout va bien jusque-là puisque son poste est polyvalent et qu'il est dans une petite collectivité : il enseigne l'EPS en primaire, il planifie les équipements sportifs et suit les travaux et le matériel. Très intéressant, mais il doit être également très disponible. Du coup, il se dit : « tiens, je vais passer le concours de professeur d'EPS en interne puisque je travaille dans la fonction publique ». Un concours qu'il obtient également brillamment et il devient professeur d'EPS. Il gagne un peu plus, il a beaucoup moins de contraintes et il a surtout un temps libre important ! Si notre promotion est très riche en termes de métiers et de parcours professionnels, la plupart des anciens que je côtoie sont toutefois devenus professeurs d'EPS ou des écoles. Ce qui fait que je me sens parfois déconnecté (même si je partage portant leur statut de fonctionnaire) car nous n'avons pas du tout le même environnement professionnel,..., ce sont des amis et j'ai du respect et de l'affection pour eux, nous avons une histoire commune mais nous ne vivons pas dans le même monde ! ... 

 

Conseils aux étudiants ...

Sandra SEYSSEL : Quel message souhaiteriez-vous faire passer à nos étudiants ?

Samuel PERRAUDEAU : Tout d'abord, osez postuler à des emplois même si le profil recherché ne colle pas parfaitement au vôtre, l'environnement professionnel évolue énormément et je crois plus aux capacités d'analyse et d'adaptation des personnes qu'à leurs compétences techniques (même si un minimum est tout de même requis). Sans le savoir, vous partagez peut-être des valeurs communes avec le recruteur, qui décidera de vous donner une chance pour cela même si vous ne correspondez pas exactement au profil recherché. Ensuite, ayez à l'esprit et mettez en avant que la jeunesse est un atout et non un manque d'expérience ; faire apparaître dans le CV un centre d'intérêt, une expérience, un diplôme, bref, quelque chose d'original qui peut susciter de la curiosité. N'hésitez pas à mettre en avant certaines données assez personnelles - sans être exhibitionniste, c'est ce qui permet de créer une relation affective avec le recruteur. C'est ce qui fera la différence avec des profils similaires au vôtre. Vous avez tous une Licence ou un Master en STAPS, vous avez tous fait des stages, vous avez tous peu d'expérience mais qu'est-ce-qui vous différencie alors d'un autre ?

 

Sandra SEYSSEL : Cela peut être difficile pour les étudiants de se projeter ainsi...

Samuel PERRAUDEAU : Après, ce n'est pas évident non plus quand on est étudiant et comme le disait Alain FLOUR, on se projette à court terme, on veut valider un diplôme, puis valider un concours et ensuite on veut un job.... Moi, j'estime avoir eu de la chance dans mon parcours. J'aurais pu me retrouver sur un poste plus réducteur, loin de ma famille et des amis..., et c'est tout le contraire qui s'est passé ! Un poste assez large avec des possibilités d'évolution, de formation. Mais il faut aussi être en veille, provoquer la chance et être proactif !

 

Sandra SEYSSEL : Nul doute que les étudiants repartiront bien armés avec tous vos conseils !

Samuel PERRAUDEAU : Merci pour votre écoute car, quand je suis parti, je suis très bavard (rires) !